prise de conscience

On récapitule. Sa mutation + les problèmes de zozos du zhomme = pas de bébé sans FIV...
Ok, ça elle le savait depuis un petit moment. Si seulement les choses ne continuaient pas à s'empirer, elle pourrait sûrement digérer tout cela plus facilement.

Hé oui, des résultats complémentaires sont arrivés. La numération et la mobilité des zozos de l'homme baisse constamment et de façon importante depuis septembre...
Une explication?? Evidemment que non, ce serait trop simple! On prévoit donc une échographie testiculaire (qui nous donnera peut-être une explication mais qui en aucun cas ne nous fournira de solution), on refait un spermogramme et si les résultats ne sont toujours pas bons, on commence le protocole de fécondation in-vitro.

Oui, alors que rien ne va, alors qu'il est sûr que la nature ne fera plus de miracle, il faut encore attendre...Attendre que ce soit pire je suppose...Attendre qu'il n'y ait plus aucun spermatozoïde viable...Attendre qu'ils doivent faire appel à un donneur...Attendre que zhomme ne soit pas le père biologique de leur futur enfant...

Par ailleurs, elle s'est renseignée sur les conséquences de sa mutation. Elle a plus de chances d'avoir un enfant mal-formé, schizophrène ou autiste...Tout cela parce que cette mutation ne lui permet pas de synthétiser la vitamine B9, cette fameuse vitamine prescrite en complément à toute femme désireuse d'avoir un enfant; la vitamine qui, s'il n'y en a pas assez, entraîne une mauvaise fermeture du tube neural de l'embryon et donc, une malformation de son système nerveux central...(quand ce n'est pas tout simplement la mort de l'embryon. Encore...). Bien sûr, c'est un problème qui peut être pallié facilement puisque cette vitamine existe en comprimé et à différents dosages. Le seul souci, c'est pour que ce soit vraiment efficace, il faut le prendre tous les jours, enceinte ou pas... Ou comment un cachet réussit à vous saper le moral tous les matins... Elle décidera bien vite que c'est insupportable...Elle le prendra quand le protocole FIV aura commencé.

Elle n'a pas pour habitude de partager ses angoisses avec sa famille. C'est trop difficile de les voir souffrir autant qu'elle; mais là, c'est un cas de force majeure. Sans sa maman, elle sait qu'elle aura du mal à surmonter ces nouvelles...  Elle s'entend alors dire que, de toute façon, elle le savait (oui, mais ça m'empêchait pas d'avoir de l'espoir) et que pour sa maman aussi c'était dur quand elle a perdu mon grand frère (oui mais elle, au moins, elle pouvait faire des bébés), qu'après elle a fait une fausse couche (vous voyez, quand je vous dis qu'elle pouvait faire des petits!) et que, et là, vous allez bien rire: "Tu vas apprendre à aimer les bébés des autres".
Oh mais oui! Ça va la préparer à l'adoption!  C'est ça l'idée ou elle a oublié d'analyser une étape?

Elle a la maman la plus géniale du monde mais comme tous ceux qui n'ont pas connu l'infertilité, elle a, comme les autres, dit tout ce qu'il ne fallait pas dire...

Et si sa maman ne la comprend pas, qui pourra comprendre? Qui, ne vivant pas les mêmes angoisses, pourra la rassurer? Elle est seule...Parce que peu importe ce qu'on lui dira, ce ne sera jamais bien... Le mieux, c'est que sa pire angoisse ce n'est pas ça. C'est qu'un jour, tout aille bien, qu'elle tombe enceinte, qu'un bébé naisse et qu'elle soit la principale protagoniste d'une histoire commençant par "Moi, je connais un couple, ils ont essayé pendant des années d'avoir un enfant. Ils n'avaient aucun espoir de réussite et d'un coup, pouf, un petit est arrivé! Comme ça, naturellement!".

Ce qu'elle craint le plus, c'est qu'une autre femme vive cette situation et que ce soit de sa faute...