bactéries

 

"Ô muse prête-moi ta lyre
Afin qu'en vers je puisse dire
L'un des combats les plus fameux
Qui se déroula sous les cieux
Et sur les cieux"

Les plus avertis auront reconnu un célèbre hymne chanté dans les amphithéâtres de nos facultés de médecine relatant une bataille mémorable entre des poux et des morpions se déroulant dans les parties intimes d'une femme.

Plus sérieusement, la guerre qu'ils ont livré contre les Chlamydiae aurait repris. Oui, il faut encore une fois employer le conditionnel car gygy et Mr Doc ne sont pas d'accord sur la façon d'interpréter le résultat reçu récemment...

Elle avait fait auparavant un test sanguin. Le taux d'IgG indiquant la présence de ces bactéries avaient augmenté. Une chape de plomb lui était tombée sur la tête. Ainsi donc, ils sont toujours là? Et ils expliqueraient la GEU... Elle se lance alors dans des recherches frénétiques: si un traitement antibiotique long (plusieurs semaines) n'en est pas venu à bout, il y a peu de chances pour qu'ils arrivent à s'en débarrasser...

Cette première explication anéantissait tous leurs espoirs d'enfant... En présence de Chlamydiae, le risque de grossesse extra--utérine est important, idem pour le risque de fausses couches et le risque d'anomalies chez le foetus... Evidemment, aucun médecin n'aurait pratiqué une FIV avec un couple infecté...

Il doit forcément y avoir une autre explication, une solution, un couloir un peu moins sombre dans lequel elle pourra s'engouffrer et échapper à un avenir sans enfant qu'elle ne peut de toute façon pas envisager.

En poussant ses recherches un peu plus loin, elle apprend que le taux d'IgG doit avoir triplé pour qu'on considère que l'infection est toujours active. Chez elle, il a à peine augmenté...

Alors pourquoi le laboratoire conclue-t-il à la présence d'une infection? Pourquoi sa gynécologue lui a-t-elle envoyé une ordonnance avec une prescription antibiotiques identique à la première fois?

Il va falloir attendre les résultats de la détection d'ADN bactérien prescrite par son médecin traitant.

C'est négatif. Aucune trace de Chlamydiae n'a été trouvée. Ils ont donc bien disparu.

Un doute subsiste malgré tout. L'analyse devait être faite sur le premier jet urinaire. Par habitude, elle l'a laissé partir dans les toilettes... Et si toutes les bactéries étaient concentrées dans ce jet? C'est en fait peu probable...

Mr Doc décide de prescrire la même analyse à zhomme.  L'examen sera fait en même temps que son spermogramme. Ils vont attendre longtemps les résultats. Ils espèrent les avoir avant d'aller chez sa gynécologue afin qu'elle les aide à avancer rapidement.
C'est loupé, ils s'y rendront seulement avec la preuve qu'elle n'est  à priori plus infectée aux Chlamydiae.

Comme elle s'y attendait, le rendez-vous va tourner à la joute verbale, chacune campant sur ses positions.

Elle, avec sa question classique: "Donc maintenant, on va où?

Gygy: ..."

Etant donnée l'absence de réaction, elle continue à parler toute seule: "Zhomme a fait son spermo il y a une semaine. On attend les résultats.

Gygy:  "Ah ben si vous ne les avez pas encore, je ne peux rien faire."

Evidemment, la future maman qui est en elle et qui défend déjà sa progéniture sort de ses gonds: "Dans un couple, on est deux à avoir potentiellement des problèmes. Je peux faire mon hystérosalpingographie maintenant, non?"

Gygy: Avec des Chlamydiae, il est hors de question de faire l'hystéro de suite.
Elle: Mais... L'infection est terminée. La PCR (une technique d'amplification spécifique de l'ADN permettant de savoir sans aucun doute si une bactérie ou un virus est encore présent ou non) n'a montré aucune trace de l'ADN bactérien, le taux d'IgG élevé n'est qu'un taux résiduel qui témoigne de la présence passée d'une infection. Il a trop peu augmenté pour signifier que l'infection est toujours active!"

Gygy: Et moi je vous dis que l'infection est toujours présente. Prenez le traitement et après, vous prendrez rendez-vous pour l'hystéro sachant que ça se fait en fonction du cycle.

Elle (en pensée): Ah bon, c'est vrai? J’ai vraiment l'impression qu'elle me prend pour une idiote des fois.

Gygy, lui tendant l'ordonnance: Vous ferez une détection de  βHCG avant parce qu'il faut s'assurer que vous n'êtes pas enceinte
.
Elle (toujours dans sa tête): Nooooon!Que de découvertes!

Elle: Et à part les Chlamydiae, y'a-t-il d'autres virus, bactéries, parasites, qui peuvent empêcher de tomber enceinte?"

C'est une question piège, la réponse est évidemment oui mais gygy va répondre que non, les Chlamydiae sont les seuls.

Elle est tellement abasourdie par cette réponse, qu'elle va oublier de lui demander un bilan thrombotique (une analyse de sang qui permet principalement de voir si tous les facteurs gérant la fluidité et la coagulation du sang sont synthétisés et fonctionnent correctement) dans lequel on trouverait peut-être un indice pouvant expliquer ses fausses couches passées. Après tout, si son sang a tendance à n'en faire qu'à sa tête, il se peut que les embryons précédents aient été viables et qu'ils aient simplement manqué d'oxygénation à cause de sa mauvaise circulation sanguine. Etant donnée la tournure des évènements, la réponse ne sera pas pour tout de suite.

Elle a encore beaucoup de questions à poser à gygy, notamment au sujet de la FIV. Qu'est-ce qui les attend s'ils doivent en arriver là? En utilisant les résultats du spermogramme passé, peut-on savoir quel sera le type de FIV qui risque d'être pratiqué? Elle lui rappelle que son zhomme a principalement des anomalies au niveau de la tête, surtout au niveau de l'acrosome (c'est là qu'il y a les enzymes qui permettent de percer la paroi de l'ovule et donc, de le féconder). Gygy va se contenter de répondre que les anomalies de la tête ne veulent pas dire anomalies de l'acrosome... A-t-elle réellement consulté le dossier avant de les recevoir, car jusqu'à preuve du contraire, ils savent lire et quand il y a un chiffre plus grand que les autres à côté de "Anomalies acrosomiales", ça doit bien vouloir dire que les anomalies sont principalement situées à ce niveau là non?

Ah... Pardon...C'est vrai...Eux, ils ne sont pas médecins...

Au cours du rendez-vous, gygy a dû lire leurs doutes dans leurs regards. Elle a peut-être même entendu tout ce qu'ils n'ont pas dit car au moment de leur dire au revoir, elle leur a simplement dit qu'une fois qu'elle aura reçu les résultats du spermogramme de l'homme, elle leur enverra une lettre d'adressage en PMA et que ce n'est plus la peine qu'ils reviennent la voir.

Aurait-elle finalement gagné la bataille?


Gygy ne leur enverra jamais cette lettre. Ils ont l'impression d'avoir perdu un temps précieux en faisant confiance à une personne dont tout le monde vantait les mérites...C'est peut-être une bonne gynécologue mais cette soit-disant spécialiste des problèmes de fertilité n'est en fait plus vraiment au point sur le sujet... Ce devait être son âge avancé et sa débordante confiance en son talent qui ont dû l'empêcher de lire les avancées médicales de ces trente dernières années...

 

Ses derniers espoirs reposent maintenant sur le gynécologue qui travaille en lien avec la PMA. Après tout, la lettre d'adressage, elle s'en fiche, elle n'en a pas besoin. C'est bien elle la mieux placée pour expliquer la situation puisque sa gygy n'avait à priori même pas pris la peine de se remémorer leurs résultats passés... Puis au moment de rencontrer ce nouveau gynécologue, ils auront en main les résultats du dernier spermogramme. Ils partiront sur de bonnes bases toutes neuves; en espérant cette fois-ci pouvoir faire une confiance aveugle au médecin qui leur fera face.